L’entreprise familiale Pierre Bleue mise, elle, sur la qualité, la proximité et sur la réduction de l’empreinte environnementale pour défendre le savoir-faire belge.

Elle a littéralement déplacé une rivière pour sauver son entreprise et atteindre les dernières réserves de pierres bleues de la carrière. C’est le pari spectaculaire qu’a fait Julie Abraham, cinquième génération à la tête de l’entreprise de la Pierre Bleue Belge, spécialisée dans le domaine.

Sur le site historique de la société, l’exploitation arrivait au bout de ses réserves de pierre. En 2017, le constat était sans appel. « Je ne voulais pas qu’on arrête », explique la dirigeante. Près de dix ans après le lancement du projet, les premiers blocs de pierre bleue viennent finalement d’être atteints et extraits du site Gauthier & Wincqz, dans les environs de Soignies.

Mais pendant que le projet avançait, l’entreprise n’est pas restée les bras croisés. La société, qui emploie 150 personnes réparties sur trois sites, annonce ce mercredi une levée de fonds de 4,5 millions d’euros. Wallonie Entreprendre et l’IMBC (Invest Mons-Borinage-Centre) entrent ainsi au capital en tant qu’actionnaires minoritaires, aux côtés de la famille Abraham, qui réinvestit elle aussi. Les trois parties ont ainsi injecté 1,5 million d’euros chacune.

« On parle toujours du réindustrialisation de la Wallonie, mais elle est industrialisée. Maintenant, il faut la soutenir », affirme la dirigeante. Et surtout, explique-t-elle, « on croit vraiment en l’industrie locale et en l’industrie wallonne ».

Une pierre chinoise moins chère, mais différente

Malgré ces investissements, l’entreprise continue de faire face à des défis de taille. Car face à la pierre bleue wallonne, un concurrent de taille s’impose : la Chine. « Même si nos principaux concurrents restent les autres carrières wallonnes », souffle la dirigeante.

Pendant des années, les pierres importées d’Asie ont gagné du terrain sur le marché belge, notamment dans les travaux d’aménagement urbain. Leur principal avantage est évident : leur prix. « Cette pierre est arrivée à un moment où l’on faisait beaucoup de travaux de rénovation urbaine. Il fallait faire des bordures, des produits vieillis. Mais désormais cela a perdu de son charme », explique la CEO.

« Les produits chinois sont toujours moins chers que les produits belges », reconnaît Julie Abraham. Des différences de prix qui s’expliquent par plusieurs facteurs, notamment le coût de la main-d’œuvre, les volumes de production, les différentes normes environnementales mais aussi, évidemment, la qualité. La dirigeante refuse donc de considérer les deux pierres comme des produits équivalents. « Ce n’est pas le même produit, ce n’est pas la même pierre », insiste-t-elle. « En Belgique, il y a plusieurs projets qu’on a dû démonter parce que la pierre n’était pas de qualité suffisante », continue Julie Abraham. La dirigeante cite notamment le cas de la pierre installée aux abords de la gare Centrale de Bruxelles : « Ils avaient collé de la pierre belge sur de la pierre chinoise ».

« Il n’y a pas ce coût écologique »

Pour Julie Abraham, l’impact environnemental du transport constitue également un argument en faveur de la pierre bleue belge. « Nos produits ne nécessitent presque pas de transport. Il n’y a pas ce coût écologique du transport, qui est quand même très important pour les produits asiatiques », souligne-t-elle. De plus, les coûts de transport du marché asiatique qui peuvent fortement fluctuer en fonction du contexte et compliquer davantage les calculs des entrepreneurs belges.

« On avait quelques projets qui auraient pu se faire aux Etats-Unis et qui ont été mis à l’arrêt le temps de voir comment la situation allait évoluer. » Julie Abraham.

L’entreprise cherche par ailleurs à réduire son empreinte environnementale en travaillant notamment sur sa consommation d’électricité et de carburant. « Nous travaillons avec les Conventions Carbone, pour essayer de voir comment on peut limiter le plus possible notre impact sur l’environnement. On essaie d’acheter local et notre emploi est très local », réaffirme Julie Abraham.

Des projets ralentis par Trump ?

Si l’entreprise familiale exporte principalement vers la France et les Pays-Bas, le contexte économique et géopolitique mondial reste incertain. La politique commerciale de Donald Trump n’a toutefois pas provoqué de bouleversement majeur pour l’entreprise familiale.

« On a été impactés parce qu’on avait quelques projets qui auraient pu se faire aux Etats-Unis et qui ont été mis à l’arrêt le temps de voir comment la situation allait évoluer. Souvent, dans notre métier, quand on dit qu’on se met à l’arrêt le temps de voir, c’est la fin d’un projet », explique Julie Abraham.

Face à cette incertitude l’entreprise dispose néanmoins d’un énorme avantage. « Notre exploitation n’est pas délocalisable », conclut Julie Abraham.

Article écrit par Juliette Vandestraete, le 9 septembre 2026.

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